Osons les évidences : le chomage est d'une part un gros probleme économique car c'est le symptome d'une économie au ralenti, et d'autre part un problème social car il crée du mal-être.
Sur Telos, l'économiste Etienne Wasmer montre que la baisse du chomage dont se gargarise Borloo et qui pourrait lui valoir Matignon est d'une part très difficile à vérifier en raison d'une comptabilité invraissemblable de 4 sources d'information différentes, d'autre part essentiellement liée à la baisse de la population active (les baby boomers partant à la retraite) et marginalement lié à l'augmentation de l'emploi salarié. Il y a 15 millions de salariés sur 63 millions de résidents en France, ce qui est peu. Cette baisse du chomage est donc peut-être une bonne nouvelle socialement mais pas une bonne nouvelle économique.
Le programme du PS que résume bien Bernard Salanié a le grand mérite de mettre la lutte contre le chômage au centre de son programme. Pas mal de bonnes idées si on parvient à traduire l'énarque en bon français, mais une ignorance manifeste du monde de l'entreprise où nul de ses rédacteurs ne s'est visiblement jamais fourvoyé.
Alors oui, l'innovation est vraiment une des clés de la réussite, et il est clair que :
- notre recherche publique manque cruellement de moyens et la gauche n'a pas sensiblement poussé ni dans le sens d'une recherche plus tournée vers la création d'emploi, ni augmenté les crédits attribués à celle-ci. Il est vrai que la droite les a réduit ensuite.
- les entreprises innovantes manquent d'argent. Je lisais cette semaine le dernier rapport d'Ernst & Young sur les Venture Capitalists (VC : fonds d'investissement finançant les entreprises en y prenant des participations). Aux Etats-Unis, $20Mds sont investis, $1 Md en Israel et à peine plus de la moitié en France qui compte presque 10 fois plus d'habitants !
Par leur trop grande prudence, nos banquiers les plus bêtes du monde créent donc les conditions d'un marasme dont ils sont paradoxalement les premiers à souffrir.
On a parlé de patriotisme économique avec Suez ou Arcelor. Les grandes entreprises, ça se voit. Les petites entreprises, ça se voit moins, mais toute grande entreprise a commencé petite. Encourager les banques à investir dans des sociétés créatrices d'emploi serait bien plus efficace qu'une conférence annuelle tripartite vouée à l'échec. Un entrepreneur d'une entreprise innovante a besoin de se situer à côté d'un bassin d'emploi qualifié, il ira difficilement s'installer dans les corons et une conférence sur le bilan des 35 heures est le dernier de ses soucis.
Pour créer des emplois qui servent vraiment l'économie, il faut des entreprises qui se créent et qui ont les moyens de se développer. Le jour où le chomage sera à 5%, il sera bien difficile de trouver quelqu'un acceptant de travailler à moins de 1500€ et le probleme du SMIC ne se posera plus. Les salariés ne sont jamais autant en position de force que dans une économie qui tourne...
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