Je lisais ce week-end l'article de Capital sur les plus gros salaires français, article évidemment racolleur et insipide mais qui a le grand avantage de faire ressortir les sociétés non cotées et un certain nombre de secteurs peu connus. Quelle ribambelle d'héritiers...
On y voit l'ampleur du désastre de l'économie française du secteur technologique : parmi les 120 premières entreprises françaises il n'y en a que 4 qui ont été créées dans les 30 dernières années (Free, Gemalto, Ubisoft, Business Objects) contre 8 dans les 50 premières entreprises américaines (Microsoft, Intel, Cisco, Dell, Google, Qualcomm, Oracle, Dell) et avec une capitalisation moyenne 50 fois plus importante !
En France, la plus grosse valorisation de marché dans ce secteur secteur est Free (Iliad) qui vaut environ 3 Md€ et qui se situe à la 80è place (alors que Microsoft est 3è aux Etats-Unis). Sans vouloir faire de commentaire désobligeant sur le look de hard-rocker et le passé judiciaire de Xavier Niel son président (condamné à 2 ans avec sursis après quelques mois de prison ferme pour proxenetisme), force est de constater que l'entreprise n'a que très peu d'ambition internationale, et se revèle incapable de croitre par croissance externe puisqu'elle n'a pas été vraiment candidate au rachat des 3 concurrents qui se sont vendus (Tiscali, AOL, Télé2). Valorisé environ 1500€ par client dans un marché qui ne va pas tarder à plafonner et des marges encore étroites (<30€ par an/client), tout se passe comme si la durée de vie du client était d'environ 50 ans... Bref la réussite de notre "héros" national est encore fragile.
Evidemment, en plus des conséquences économiques de cette suprématie, les sympathiques réussites américaines de l'internet sont forcément des outils en puissance d'impérialisme culturel : Google et Yahoo sont des filtres bien imparfaits de la réalité de l'internet français...
Je ne pense pas que la faiblesse de la recherche française soit réellement en cause car toutes les entreprises citées ne se sont pas créées sur des innovations majeures, juste des mises en oeuvres opérationnellement réussies. Le coût du travail n'est pas en cause non plus car la main d'oeuvre est bien plus chère en Californie qu'à Paris.
De mon expérience, il s'agit plus d'un problème d'aversion à prendre des risques des financiers et des entrepreneurs français ainsi que leur capacité à s'exporter souvent trop faible. Les premiers à critiquer les "pénalisations sociales" de l'économie française (charges trop élevées, difficultés à licencier, 35h... ) sont ceux qui ont le plus à prouver ! Il y a une différence de mentalité importante entre les investisseurs français et américains. Pour rappel, les Venture Capitalists français investissent chaque année 600M€ contre 23 Md€ aux Etats-Unis, soit 40 fois plus !
Il y a de grands héros de l'innovation technologique aux Etats-Unis (Bill Gates, Steve Jobs, Sergei Brin et Larry Page de Google, David Filo et Jerry Yang de Yahoo...). Il y a un grand gourou au Japon (Masayoshi Son, fondateur de SoftBank qui est le plus gros investisseur de l'internet). Il n'y en a pas vraiment en France où les réussites sont bien étriquées...
Pour créer de l'emploi, il faut des sociétés qui réussissent dans des secteurs en expansion, et force est de constater que nous ne sommes pas bons actuellement, très souvent parce que nos ambitions et nos capacités à prendre des risques sont insuffisantes...
Ceci dit, l'article de Capital est sans aucune signification puisque la vraie fortune des patrons c'est le capital qu'ils créent, et très marginalement leur salaire. Les actions de Xavier Niel valent environ 2 Md€, le tout en 7 ans, donc une fortune virtuelle créée de 300M€ par an, ça devient plus serieux que les 7M€ de dividende reçus... Sans compter que quelques centaines de traders en France gagnent plus de 3 M€ et qu'ils sont absents du palmares, certes leur bonus ne sera jamais publié, pour vivre heureux vivons cachés.
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