- le progrès doit être au service de la qualité de vie de tous. C’est la source de ma conviction politique. Deux dangereuses illusions : le progrès comme fin en soi et le progrès pour l’expansion.
- Malheureusement, la France est en compétition avec des pays qui ne partagent pas cette vision et avec qui les entreprises françaises doivent se battre chaque jour. Cette compétition est très difficile et fait disparaître des secteurs entiers. Ceci met une pression considérable sur l’emploi et sur la richesse que les entreprises peuvent partager (en augmentant les salaires ou en payant des impôts).
- Etre patron de gauche, ce n’est pas faire de l’angélisme, c’est chercher à créer de la richesse autant pour les salariés que pour les actionnaires et à créer des emplois.
4 causes majeures du chômage en France
- Les chefs d’entreprise français ont souvent une formation insuffisante pour gérer les situations auxquelles ils ont à faire face. Il y a un manque d’entrepreneurs parmi les gens qui en auraient la formation et qui deviennent cadres à 95%.
- l’aversion au risque flagrante des banquiers et investisseurs français, et la situation de sous-investissement de la France en R&D ou en jeunes pousses d’entreprises. Alors qu’une vague d’investissement a lieu en ce moment, seule une vingtaine de start-up françaises ont réussi à lever des fonds en 2005.
- une inadéquation flagrante entre la formation des jeunes et le marché du travail. C’est de la démagogie de promettre à tous les lycéens un emploi de bac+4, et on manque de personnes pour de nombreux emplois. La profonde crise chez les profs est gravissime pour le moyen terme. Il y a une crise de vocation profonde et totalement logique : il n’y a aucune entretien de motivation pour devenir prof, et leur formation est souvent largement inadaptée au métier d’enseigner.
- L’absence d’engagement vers le développement durable des actionnaires est une cause majeure du chômage. Ils benchmarkent dans chaque entreprise le nombre d’employés et leur coût par rapport à la concurrence même quand c’est marginal par rapport à l’activité. Dans mon secteur, c’est la compétence des employés qui est la clé de la rentabilité, pour assurer la réussite au présent et jeter de bonnes bases pour l’avenir. Les actionnaires, en dissuadant systématiquement d’embaucher et en demandant la fermeture d’activité en limite de rentabilité, sont responsables d’une grande partie du chomage en France, ce qui indirectement met une pression sur la consommation et crée de temps en temps des émeutes dont ils subissent les conséquence.
2 mensonges à propos du chomage :
- C’est un mensonge de dire que la rigidité des contrats de travail bloque l’embauche. Les CDD servent à gérer les situations incertaines. Si on veut se séparer d’un employé, il suffit de faire une transaction, et ce n’est pas forcément plus cher en France qu’ailleurs mais beaucoup de patrons se plaignent car ils ne savent pas le faire correctement, ni pour eux ni pour la personne licenciée. J’ai dû licencier plusieurs fois des gens après que nous ayons convenu qu’ils n’étaient pas adaptés à l’entreprise, et dans des conditions qui leur ont convenu. Le CPE est un coup d'épée dans l'eau.
- Les charges sont trop élevées en France mais j’ai eu l’occasion d’entreprendre à New York où tout compris (salaires, loyers, impots…), c’est bien plus cher. Au total, le coût d’entreprendre en France n’est pas un frein à l’emploi dans mon secteur, et je conçois très bien que ça le soit dans d’autres domaines.
Pas assez d’entrepreneurs, des entrepreneurs et patrons souvent peu compétents (sauf dans les grandes entreprises, qui souffrent d’autres maux), qui n’arrivent pas à trouver de l’argent pour investir, ou bien n’osent pas le faire, et qui n’arrivent pas à embaucher dans de nombreux cas.
Les patrons sont-ils capables de remettre en cause leurs compétences ?
4 défauts des patrons français (et je suis concerné)
Empathie
Ayant vécu et travaillé dans plusieurs pays étrangers, les patrons français sont incroyablement antipathiques. Un patron américain a beaucoup de défauts, mais c’est quelqu’un de sympa et d’agréable. De très nombreux patrons français sont cassants avec leur équipe, colériques, méprisants, ou jamais disponibles.
Inorganisation
Combien de patrons annulent des rendez-vous au dernier moment, sont incapables de contenir leur réunion dans la durée prévue, ou juste de faire diffuser un ordre du jour ou un compte rendu ? Le brassage d’air, les déjeuners alcoolisés jusque 15h sont des phénomènes affligeants et constatés quotidiennement. Les collaborateurs sont priés de s’adapter, et les managers de l’organisation se croient autorisés à se comporter comme ça avec leur propre équipe ce qui affecte fortement la productivité des entreprises.
Absence de gestion
Combien de patrons confondent bilan et cash flow ? Un ami spécialiste de LBO / MBO me racontait que dans de nombreuses PME très rentables, le patron se sert un salaire trop confortable (souvent plus de 30 k€ par mois) alors qu’il devrait investir.
Même absence de gestion des ressources humaines. J’ai commencé à travailler dans une entreprise française de plusieurs centaines de personnes et qui n’avait pas de fonction ressources humaines et encore moins d’entretien annuel.
Peur de changer
Un patron dont l’entreprise marche correctement a de très faibles chances d’aller voir à l’étranger ou bien de se diversifier. On est petit, on pense petit, court terme, et on passe son temps à se faire plaisir ou à se gargariser plutot que de se préoccuper à faire ce pour quoi le patron est payé par ses actionnaires : anticiper, développer l’activité, se différencier de la concurrence, créer une équipe performante…
Lorsque des difficultés apparaissent, la réaction la plus constatée est de licencier et de réduire l’investissement, ce qui sont dans de nombreux cas des réactions parfaitement inadaptées, telle la saignée pratiquée par les médecins de Molière.