De mon lit, je vois les lumières d'un terminal d'aéroport qui dort. J'essaye en vain de convaincre le sommeil de venir. Je n'entends rien d'autre que le très léger murmure de l'air conditionné de l'hotel. La chambre est constituée d'un grand lit double aux draps très doux, d'une épaisse moquette et de tout le confort imaginable. Pourtant j'aimerais être dans des millions d'autres endroits que celui-ci. Cette chambre est vendue hors de prix à l'identique des milliers de fois dans le monde. Celle-ci possède le plus impressionnant double vitrage que j'ai jamais vu. Quand une voiture se perd dans Heathrow à cette heure déserte, seul un murmure à peine perceptible monte jusqu'ici. Impossible d'ouvrir la fenêtre bien sûr, je suis comme un poisson dans un aquarium que viennent parfois regarder les avions. Homus Dafairus Contemporainus.
J'ai fini de regarder toutes les chaines du cable, un Tony Blair faire ses adieux une trentaine de fois. Il est bon ce con. Plus un craquement ne filtre des chambres voisines. La poignée de console de jeu qui trone au-dessus de la télé ne m'a pas convaincu. Je suis trop vieux et trop sérieux maintenant. Je contemple le mobilier contemporain parfaitement de bon gout, la photo de la Tamise, le placard dans lequel j'ai rangé mon costume gris et bleu. Une petite horloge fluorescente en-dessous de la télé indique une heure avancée de la huit qui progresse tout doucement.
Demain je vais jouer un rôle encore. Vendre ma société et ce que je fais à d'autres comme moi. Ecouter des japonais et des américains faire leur speech aux dents brillantes. Echanger des cartes de visite et des "nice to meet you", peut-être prendre des rendez-vous ultérieurs. Nous allons encore manger bien et trop comme hier soir. Tiens cela fait un moment que je n'ai plus senti mon estomac gargouiller. Me donnerait-il enfin la permission de dormir pour ne plus penser à cette situation absurde dans laquelle je me suis mise ?
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