Lundi 28 janvier 2008
L'objet du rapport Attali est à peu près celui de ce blog. Je me devais de le lire, ce qui a pris quelques jours car non seulement cela fait 245 pages, mais en plus le style est exaspérant à force de messianisme et d'affirmations péremptoires. Tout comme les interviews d'Attali quand il est sorti : "La France peut s'en sortir si vous appliquez le rapport, on va à la catastrophe si on ne l'applique pas dans son intégralité".
En fait, le rapport révele une connaissance fine et des analyses brillantes qui méritent la lecture. Commençons par critiquer, c'est le plus simple :
- J'ai dit dans un post précédent que ce rapport était fait en chambre, sans aucune consultation, ce qui était faux : un blog a été ouvert (www.liberationdelacroissance.fr) mais son rank montre qu'il a sans doute été moins consulté que mon blog pendant plusieurs mois (il fallait vraiment être au courant de son existence), d'autre part il y a plusieurs commentaires brillants qui ne sont absolument pas repris dans le rapport. Comme pour le blog de Ségolène, il a servi de faire valoir participatif à un monologue (énervant). Le chemin d'une reflexion étant souvent plus important que sa conclusion, le fait qu'il soit établi par des "experts" le rend infiniment moins impactant que le même document qui serait issu d'une réelle consultation.
- Ce document d'expert regorge donc de "yaka faukon" qui rendent la lecture indigeste. Même quand ceux-ci sont exacts, le ton autoritaire rend ses conclusions caduques et même parfois nauséabondes avant même d'avoir été comprises. Cela donne par exemple dans la presse "Attali veut supprimer les départements", alors que les français sont souvent attachés à leur numéro de plaque d'immatriculation. S'il apparait clairement que l'échelon départemental apporte peu à l'administration, pour un coùt elevé, à quoi sert de s'attaquer maladroitement à un symbole, alors que seule la baisse des prérogatives de l'administration départementale serait utile ?
- Le document sent l'énarque à plein nez. Alors que d'une part, il repete que le train de vie de l'Etat est trop élevé (ce qui est objectivement exact vu la productivité faible des administrations), qu'il faut autoriser les gens à travailler sans limite d'age, libérer totalement les prix, il ne cesse d'autre part de "décider" (sic, ses propositions s'intitulent dans le texte des "décisions" et non de recommandations) de faire engager des grands travaux hausmanniens à l'Etat (infrastructures, villes nouvelles, haut débit...). On va persuader des centaines de milliers de personnes d'aller habiter dans des "néo Evry" rebaptisées Ecopoles. Manu militari ? Un colbertisme autoritaire et néoliberal en quelques sortes.
- L'absence presque totale d'entrepreneur dans la commission apparait de façon criante. Les entreprises d'innovation technologiques étant responsables de plus de la moitié de la croissance US (et pratiquement rien en France, voir posts 2007), ces minuscules acteurs économiques que sont les entrepreneurs, presque jamais énarques, auraient pu avoir des idées. 16 "décisions" seulement sur 316, dont quelques caricatures :
- Décision 33 : créer une administration - de plus - pour aider les TPE. Il y en a déjà de nombreuses (et même une bonne, l'OSEO), le probleme est généralement la culture de ceux qui les composent.
- Décision 38 : décréter des conditions de paiement des TPE à 30 jours. Face à son client qui a paramétré SAP pour payer à 120 jours, que peut exiger l'entrepreneur sous pretexte qu'il est TPE ? Que son client ne travaille plus avec lui ? On l'attaque en justice ?
- Décision 40 : favoriser l'accès à Alternext. C'est déjà facile de se côter sur Alternext et souvent dommageable pour toutes les sociétés trop petites car le coût humain d'informer l'actionnaire selon les exigences de l'AMF est important. Cela demande une forte disponiblité du management pour un volume de transactions quotidiennes ridicules, le marché étant même généralement animé artificiellement par l'introducteur. Et en cas de déception, la pénalisation du cours est énorme car il n'y a pas d'acheteurs.
- Last but not least, Attali n'a plus aucun ami, donc chacun se rejette le texte : la gauche - qu'il a toujours énervé - le considère comme un Judas d'avoir accepté une mission de Sarkozy et n'a pas lu le rapport. Et le document embarasse considérablement la droite avant les municipales car il attaque par le portefeuille le coeur de cible (notaires, pharmaciens, taxis...). Il est évidemment très simple pour un élu de droite en difficulté de mettre son échec au passif du rapport : reporter la publication à la fin mars eut été tactique. A force de prendre du recul et de parler depuis "ailleurs", le texte parle depuis nulle part et devient un ovni.
Il y a eu une vague polémique au moment de sa sortie sur le fait que le rapport, payé par le contribuable, soit édité par un éditeur privé. Elle est stérile : le rapport a déjà été jeté et ça va tirer à 20 exemplaires. S'il dégage globalement l'impression d'avoir été écrit par des gens qui ont vu la lumière, ce document regorge d'idées inédites et remarquables : il mérite pourtant très largement d'être lu.
La suite au prochain numéro.
En fait, le rapport révele une connaissance fine et des analyses brillantes qui méritent la lecture. Commençons par critiquer, c'est le plus simple :
- J'ai dit dans un post précédent que ce rapport était fait en chambre, sans aucune consultation, ce qui était faux : un blog a été ouvert (www.liberationdelacroissance.fr) mais son rank montre qu'il a sans doute été moins consulté que mon blog pendant plusieurs mois (il fallait vraiment être au courant de son existence), d'autre part il y a plusieurs commentaires brillants qui ne sont absolument pas repris dans le rapport. Comme pour le blog de Ségolène, il a servi de faire valoir participatif à un monologue (énervant). Le chemin d'une reflexion étant souvent plus important que sa conclusion, le fait qu'il soit établi par des "experts" le rend infiniment moins impactant que le même document qui serait issu d'une réelle consultation.
- Ce document d'expert regorge donc de "yaka faukon" qui rendent la lecture indigeste. Même quand ceux-ci sont exacts, le ton autoritaire rend ses conclusions caduques et même parfois nauséabondes avant même d'avoir été comprises. Cela donne par exemple dans la presse "Attali veut supprimer les départements", alors que les français sont souvent attachés à leur numéro de plaque d'immatriculation. S'il apparait clairement que l'échelon départemental apporte peu à l'administration, pour un coùt elevé, à quoi sert de s'attaquer maladroitement à un symbole, alors que seule la baisse des prérogatives de l'administration départementale serait utile ?
- Le document sent l'énarque à plein nez. Alors que d'une part, il repete que le train de vie de l'Etat est trop élevé (ce qui est objectivement exact vu la productivité faible des administrations), qu'il faut autoriser les gens à travailler sans limite d'age, libérer totalement les prix, il ne cesse d'autre part de "décider" (sic, ses propositions s'intitulent dans le texte des "décisions" et non de recommandations) de faire engager des grands travaux hausmanniens à l'Etat (infrastructures, villes nouvelles, haut débit...). On va persuader des centaines de milliers de personnes d'aller habiter dans des "néo Evry" rebaptisées Ecopoles. Manu militari ? Un colbertisme autoritaire et néoliberal en quelques sortes.
- L'absence presque totale d'entrepreneur dans la commission apparait de façon criante. Les entreprises d'innovation technologiques étant responsables de plus de la moitié de la croissance US (et pratiquement rien en France, voir posts 2007), ces minuscules acteurs économiques que sont les entrepreneurs, presque jamais énarques, auraient pu avoir des idées. 16 "décisions" seulement sur 316, dont quelques caricatures :
- Décision 33 : créer une administration - de plus - pour aider les TPE. Il y en a déjà de nombreuses (et même une bonne, l'OSEO), le probleme est généralement la culture de ceux qui les composent.
- Décision 38 : décréter des conditions de paiement des TPE à 30 jours. Face à son client qui a paramétré SAP pour payer à 120 jours, que peut exiger l'entrepreneur sous pretexte qu'il est TPE ? Que son client ne travaille plus avec lui ? On l'attaque en justice ?
- Décision 40 : favoriser l'accès à Alternext. C'est déjà facile de se côter sur Alternext et souvent dommageable pour toutes les sociétés trop petites car le coût humain d'informer l'actionnaire selon les exigences de l'AMF est important. Cela demande une forte disponiblité du management pour un volume de transactions quotidiennes ridicules, le marché étant même généralement animé artificiellement par l'introducteur. Et en cas de déception, la pénalisation du cours est énorme car il n'y a pas d'acheteurs.
- Last but not least, Attali n'a plus aucun ami, donc chacun se rejette le texte : la gauche - qu'il a toujours énervé - le considère comme un Judas d'avoir accepté une mission de Sarkozy et n'a pas lu le rapport. Et le document embarasse considérablement la droite avant les municipales car il attaque par le portefeuille le coeur de cible (notaires, pharmaciens, taxis...). Il est évidemment très simple pour un élu de droite en difficulté de mettre son échec au passif du rapport : reporter la publication à la fin mars eut été tactique. A force de prendre du recul et de parler depuis "ailleurs", le texte parle depuis nulle part et devient un ovni.
Il y a eu une vague polémique au moment de sa sortie sur le fait que le rapport, payé par le contribuable, soit édité par un éditeur privé. Elle est stérile : le rapport a déjà été jeté et ça va tirer à 20 exemplaires. S'il dégage globalement l'impression d'avoir été écrit par des gens qui ont vu la lumière, ce document regorge d'idées inédites et remarquables : il mérite pourtant très largement d'être lu.
La suite au prochain numéro.
par ava
publié dans :
manager
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander